comme si c'étaient les siennes." ♥ ♥
(Tiré de Visages d'Hubert Colas)
Pan pan dans ta tronche ma poule.
Emilie. Appelez moi Emilie. Le surnom Emy je le vomis.
L'inconnu me fait peur, marcher seule la nuit dans la rue me fait peur, me sentir insignifiante me fait peur.
Ma tête n'est qu'un fouillis de mauvais souvenirs, la périphérie de mon corps n'est qu'un cube trop sombre et trop peu engageant pour que quiconque s'y attarde, qu'il s'y attarde. C'était bien la raison de son absence. Je crois. Le bonheur. Je ne saurais dire. Quoi qu'il en soit je vivais, je vis accompagnée de solitude et d'indifférence. Le pire dans tout ça, c'est que je la pensais normale, ma situation. Je n'attendais rien de plus, je ne méritais surement rien de mieux, je n'en avais, je n'en ai pas le courage.
Les cours, les journées passaient comme un défilement à en donner le tournis. Ce qui était contradictoire avec ma vie pathétiquement vide ou rien ne s'y passait, rien ne s'accélèrait pour me dérouter.
Je crois que c'est Lui qui a fait "arret sur image". Non c'est plus fort. Tout est devenu lent, ralenti, pitoyablement étiré. Auparavant tout n'était que banalité, que sentiment neutre. Vous connaissez cette souffrance là? Le changement radical d'une situation de sureté à celle qui vous jette dans le vide?
"Lui" il s'appelle Tom. C'est ridicule comme prénom. Tom. Un diminutif d'office sans l'avoir choisi. Pourquoi pas Thomas? Je ne comprendrai jamais les parents qui veulent pourrir la vie de leurs gosses en attribuant des prénoms ridicules. A croire que raccourcir Thomas en Tom raccourcirait l'étroitesse de leur esprit. Bref.
Jusque là, l'indifférence des gens n'avait été pour moi rien d'autre qu'une terrible fatalité, rien à y faire, rien pour y remédier. La sienne par contre ...
C'était le mardi 13 Novembre à 10h23 en cours de droit international, à peu de chose près ... une démarche, un mouvement, un regard ... et j'étais foutue. Un sourire et j'étais achevée. Je ne pensais pas voir les choses auparavant, je ne pensais pas qu'on me voyait non plus. Il m'a juste transpercé. Le fantôme de moi-même entouré d'un flou permanant s'était soudainement matérialisé dans un corps vivant. Le mien, je le sentais. Desormais tout était terriblement clair, percutant. Emy il m'appelait, Emy ça sonnait tellement bien à mes oreilles, c'était tellement doux venant de sa bouche. Il a réveillé mon cerveau ensommeillé dans sa léthargie autodestructrice, a fait battre mon petit coeur mort.
Pas si mort que ça. Sourire niais, Tom, Tom, sourire niais. Tom Tom Tom ... Bonheur, cinéma, promenades, ses bras, son rire, ses baisers, cinéma, promenade, des mots, son odeur, des mots, des moments ...
1 mois, 2 mois, 3 mois 1,2,3 je t'adore. 1,2,3 je t'aime.
Trois petits tours.
Trois petits tours et puis s'en va.
Ca brule en dedans, ça brule en dehors, sur mon visage les larmes ravagent, incendient. Je hais les promenades, le cinéma, ses bras, ses baisers. Au diable ses mots, son odeur et "mon coeur", mon coeur s'est arrété, il est parti avec, le bonheur l'a suivi. Je déteste Emy, je vomi Emy. Je vomi Tom et Emy.
Je commence comme ça.
L'inconnu me fait peur, marcher seule la nuit dans la rue me fait peur, me sentir insignifiante me fait peur. Tes yeux se détournant de moi me terrifient.
Je commence comme ça. Je finis comme ça.


